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Apple a payé 40 % de ses impôts mondiaux en Irlande en 2025

Petite équipe, gros profits

Apple a payé 40 % de ses impôts mondiaux en Irlande en 2025

Illustration : Flock

Les nouvelles obligations européennes de transparence fiscale permettent de regarder d’un peu plus près où les géants de la tech déclarent leurs bénéfices, et où ils paient leurs impôts. Pour Apple comme pour Microsoft, l’Irlande occupe une place considérable.

40 % de l’impôt mondial sur les sociétés réglé par Apple durant le dernier exercice fiscal de l’entreprise (clos en septembre 2025) est parti dans les poches du fisc irlandais. Soit 17 milliards de dollars, sur un total de 43 milliards. Attention, cela ne signifie pas que cette somme représente une charge fiscale normale ou récurrente, puisqu’elle inclut les 13 milliards d’euros d’arriérés fiscaux imposés à Apple après l’arrêt définitif de la Cour de justice de l’UE en 2024.

Ce très long dossier avait débuté en 2016 par une décision de la Commission européenne qui ordonnait au constructeur informatique de rembourser à l’Irlande des avantages fiscaux jugés indus. Apple a bénéficié de deux décisions fiscales très favorables de la part du pays, en 1991 et en 2007, ce qui a « substantiellement et artificiellement réduit le montant de l’impôt » de deux filiales européennes de l’entreprise, reprochait Bruxelles. On parlait alors d’une imposition de moins de 1 % sur les bénéfices.

Cette véritable saga a connu des rebondissements mémorables, comme l’annulation de la décision de la Commission par le Tribunal de l’Union européenne en 2020. La plus haute juridiction européenne s’est finalement rangée du côté de l’accusation.

Apple et l’Irlande n’ont cependant pas attendu pour mettre en place un mécanisme de remboursement. Dès 2018, l’entreprise versait 14,3 milliards d’euros (les 13,1 milliards d’arriérés d’impôts, plus 1,2 milliard d’intérêts) dans un compte séquestre, en attendant l’issue du contentieux. Le verdict de la Cour de justice de l’UE, en septembre 2024, a permis de débloquer le séquestre : 12,7 milliards d’euros ont ensuite été transférés au fisc irlandais entre l’automne 2024 et le début de 2025. La somme devient alors, juridiquement, un paiement d’impôts à l’Irlande.

Les généreux bénéfices d’Apple en Irlande

Apple a par ailleurs comptabilisé 34,64 milliards de dollars de bénéfice avant impôt en Irlande, soit un peu plus du quart de son bénéfice mondial (132,7 milliards). Un montant considérable, qui représente 6 millions de bénéfice avant impôt pour chaque employé de la filiale irlandaise du groupe (5 575 salariés, soit 3 % des effectifs mondiaux).

Les salariés de la filiale française (2 611 postes) doivent eux se contenter, si l’on peut dire, de 63 700 dollars de bénéfice avant impôt par tête de pipe. Apple a déclaré 1,63 milliard de dollars de revenus dans l’Hexagone en 2025, pour un peu plus de 166 millions de bénéfice avant impôt. L’entreprise a versé 63,37 millions de dollars d’impôts au fisc français.

Apple a l’habitude d’affirmer qu’elle est « depuis longtemps l’un des plus gros contribuables au monde ». En particulier quand des histoires d’optimisation fiscale remontent à la surface.

Si on en sait un peu plus sur la situation fiscale d’Apple en Irlande et ailleurs en Europe, c’est en vertu d’une nouvelle obligation européennes de reporting pays par pays. Les grandes entreprises sont désormais tenues de publier leurs revenus, bénéfices et impôts sur les sociétés, pour chacun des États membres de l’UE (ce PDF pour l’Espagne, par exemple).

Le reporting d’Apple pour son exercice fiscal 2025 dans l’ensemble de l’Union européenne est disponible à cette adresse du site du CRO, le registre officiel des sociétés en Irlande.

Microsoft doit également respecter la règle. On sait ainsi que 38 % du bénéfice mondial avant impôt de Microsoft a été comptabilisé en Irlande durant son exercice fiscal 2025 (qui se clôt fin juin pour l’éditeur). Cela représente plus de 7 millions de dollars par salarié. L’éditeur de Windows appelle d’ailleurs à prendre ces chiffres avec une certaine prudence.

Le reporting pays par pays obéit à des règles différentes de celles utilisées dans sa comptabilité américaine. Il faut également distinguer l’impôt dû au titre d’un exercice, de l’impôt payé effectivement durant la même période. Microsoft prend pour exemple la France, où le montant d’impôt payé durant l’exercice 2025 a été affecté par un remboursement exceptionnel qui correspond à un trop-perçu des années précédentes. Au cours des trois exercices précédents, l’entreprise avait versé à Bercy 374 millions de dollars au titre des impôts.

La fiscalité irlandaise toujours très douce

Dans les comptes 2025 d’Apple (PDF), l’Europe est le deuxième segment géographique par chiffre d’affaires avec 111 milliards de dollars de ventes. Derrière les Amériques (178,4 milliards), mais devant la Chine (64,4 milliards).

L’Irlande a longtemps été un des principaux havres fiscaux en Europe, avec une astuce comptable connue sous le nom de « double Irish ». Ce montage d’optimisation fiscale permettait à des multinationales de faire transiter leurs bénéfices par deux sociétés irlandaises, dont l’une était domiciliée dans un paradis fiscal pour réduire fortement la douloureuse des impôts.

Ce dispositif a été fermé aux nouveaux entrants en 2015, mais le climat fiscal du pays demeure malgré tout très doux. Son taux d’impôt sur les sociétés reste fixé à 12,5 % sur les bénéfices commerciaux. Le taux effectif minimum est de 15 % pour les très grands groupes, en vertu de nouvelles règles internationales.

De nombreuses multinationales ont installé leur siège européen en Irlande, comme c’est le cas d’Apple (à Cork, plus précisément). Le Financial Times rapporte qu’en 2024, trois entreprises ont représenté près de la moitié de l’impôt sur les sociétés au pays : Apple, Microsoft et le groupe pharmaceutique Eli Lilly.

Commentaires (19)

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40 % de l’impôt mondial sur les sociétés réglé par Apple durant le dernier exercice fiscal de l’entreprise (clos en septembre 2025) est parti dans les poches du fisc irlandais. Soit 17 milliards de dollars, sur un total de 43 milliards. Attention, cela ne signifie pas que cette somme représente une charge fiscale normale ou récurrente, puisqu’elle inclut les 13 milliards d’euros d’arriérés fiscaux imposés à Apple après l’arrêt définitif de la Cour de justice de l’UE en 2024.
Franchement, il est inutile de faire un titre fracassant qui s'appuie sur une exception due à un arriéré d'impôts très important. Ça n'a aucun intérêt : Next ne vit pas de publicité et attirer des vues par un tel titre est inutile.

Si l'on enlève les 13 milliards exceptionnels, on arrive à :
Soit 4 milliards de dollars, sur un total de 30 milliards.

Rapproché de :
Apple a par ailleurs comptabilisé 34,64 milliards de dollars de bénéfice avant impôt en Irlande, soit un peu plus du quart de son bénéfice mondial (132,7 milliards).
ça devient très intéressant. On a des taux d'imposition des bénéfices
pour l'Irlande 4/34,64 = 11,54 %
le reste du monde 26/132,7 = 19,59 %

L'herbe est très verte en Irlande pour les sociétés qui s'y installent !
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Ça démontre la politique fiscale avantageuse de l'Irlande vis à vis des multinationales. Et sa forte dépendance... Ce qui rend difficile de les réguler.
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Je ne vois pas ce que le titre a de fracassant...
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J'ai voulu éviter d'écrire : putaclic. Voilà, c'est fait.

Si Apple payait tous les ans 40 % de ses impôts en Irlande, ça serait une information fracassante.

Comme c'est le cas après une décision de justice qui lui a fait payer des arriérés d'impôts sur 25 ans (de 1991 à 2016), ça fait beaucoup moins de bruit.
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Sauf que c'est précisé "en 2025".
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3 sociétés non europeennes represente la moitié de l'impôt sur les société d'un pays européens...
il y a que moi que ça choque ?
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En fait, ces sociétés sont européennes avec leur siège social en Irlande, mais elles sont effectivement des filiales de sociétés non européennes.
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Oui effectivement.
Pt être que j'aurai du dire groupe non europeen. :-)


PS :
Je me posais la question de la part des impôts de ces sociétés vis à vis du budget fiscal irlandais.
Dans mes recherches je suis tombé sur ça :
https://fr.tradingeconomics.com/ireland/government-budget
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Pour les détails sur le budget irlandais 2026 : https://assets.gov.ie/static/documents/ad3cf1ba/White_Paper_2026_-_Press_Office.pdf
La "Corporation Tax" représente 34 milliards d'euros sur 109 milliards d'euros de taxes au total. C'est la seconde taxe derrière l'impôt sur le revenu (qui rapporte 39 milliards) et devant la TVA (24 milliards). Elle représente à peu près un tiers des taxes.
En 2025 c'était 32 milliards pour l'impôt sur les entreprises (+1.7 milliards payés par Apple pour la décision CJUE) et 36 pour l'impôt sur le revenu.

Préferez utiliser les données officielles des gouvernements plutôt que des sites d'aggrégation tiers quand vous cherchez des infos sur un pays en particulier (surtout ce site-là qui ne semble citer aucune source et n'a pas de mentions légales).
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Il serait peut être temps de mettre un peu de pression sur l'Irlande qui à largement rattrapé son retard de niveau vie.
Je suis suis un peu agacé par ces "paradis" fiscaux en Europe (destructeur de modèles sociaux voir même de nos démocraties).
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Il serait peut être temps de mettre un peu de pression sur l'Irlande qui à largement rattrapé son retard de niveau vie.
C'est à dire ?

Parce que l'Irlande est contributeur net au budget de l'UE depuis désormais quelques années (une décennie je dirais) et a l'un des PIB moyens par habitant les plus élevés. Entre autres grâce à sa politique fiscale avantageuse pour les multinationales, mais avec un revers de la médaille et une dépendance forte à ces entreprises.

Sans parler d'un autre effet de bord où l'immobilier coûte une fortune à Dublin.
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Le fait que l'Irlande soit 4eme mondial (après Monaco Liechtenstein Luxembourg) sur le PIB nominal par habitant me perturbe... fr.wikipedia.org Wikipedia
Bon après ce n'est peut être pas le bon indicateur je suis pas assez compétant dans ce domaine, mais ça m'embête, je rapproche ça d'une certaine évasion fiscale.
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C'est de l'optimisation, pas de l'évasion.

La première est légale, l'autre, non.
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L’optimisation c’est de l’évasion légalisée
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SI tu pars par là, il faudrait aussi réformer le dumping social de la libre circulation des travailleurs (chauffeurs polonais en France) ainsi que de la libre circulation des biens (usines en Pologne pour éviter la surtaxe à l'imports, passage par la belgique pour éviter la taxe au colis étrangers etc.).

Absolument aucune chance de réformer ces fonctionnements en restant dans l'UE : Il faut l’unanimité des voix, or chacun à un avantage concret à le conserver, donc ça ne changera jamais (imagine que De Gaule avait du faire un blocus complet de Monaco juste pour avoir une transparence des exilés fiscaux français sur place, je te laisse imaginer ce qu'il faudrait faire à l'Irlande pour qu'elle renonce à 1/3 de l'ensemble de ses taxes sur les sociétés si on devait obtenir son accord...).
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Je ne pense pas que tu puisses comparer les chauffeurs polonais (UE) travaillant en France (UE toujours) avec des sociétés américaines qui inondent le marché européen en ce contentant de "vivre" seulement en Irlande. Les montants, les flux financiers, les impacts micro et macro économiques ne sont clairement pas les mêmes.
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C'est le même principe : Contourner les lois ou principes pour ne pas payer la taxation du pays.
D'ailleurs les boites FR et UE ont aussi leur siège sociaux en Irlande pour la plupart...

Après que ce soit plus grave ou moins grave je ne m'y risquerai pas, mais si tu considères que "perdre" des dizaines de milliers d'emploi logistiques, ou de personnels médical (par chez moi si tu vas dans un centre de soin dentaire, c'est pratiquement tous des étrangers), ou autres job de technicien (réindustrialisation tout ça tout ça).

Parce que fiscalement c'est mieux pour les sociétés de les prendre en Europe de l'Est qu'ici, c'est pareil que mettre son siège social en Irlande plutôt qu'en France., ou faire transiter ses colis par la Belgique plutôt qu'en France : C'est du dumping dans les 3 cas (fiscal ou social selon les 3 lois de l'UE : Libre circulation des biens, des personnes et des flux financiers).
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D'ailleurs les boites FR et UE ont aussi leur siège sociaux en Irlande pour la plupart...
C'est plus les Pays-bas le paradis fiscal des groupes européens, comme Stellantis par exemple.
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Il y a 2 ans, concernant le niveau de vie, ça ne paraissait pas franchement top. Quand aux conditions de vie: coupures d'électricités certains jours/heures/secteurs par manque.
J'ai apprécié l'ambiance & les paysages, mais je n'y vivrais pas.